Le théâtre peut opérer au fond de nous la rare division mentale : il nous ouvre, par une suite de joies libres, par scènes désenchaînées et par un soudain chemin plus court ce qui était grammaticalement interdit dans toutes les langues : la quatrième personne du singulier.

Quel moi ? « Je tu il. » « Moi toi lui. » Quel moi ? – Qui es-tu ? quel moi ? Réponse : personne. « Quelqu’un avec « personne dedans. » « Quelqu’un ? » « Oui : personne. » Non un homme mais une cabane à ciel ouvert. Non l’individu, le propriétaire humain, mais « personne ». Personne : là où les langues pensent le plus, c’est toujours dans les mots réversibles ! Sur le fil, à la frontière et à la lisière invisible des retournements. Là est le tranchant de l’esprit, son envers déjouant le calcul humain. Là est l’énergie vraie du langage et sa très vive sexualité.

Je tu il et moi toi lui tournent en rondes infernales, s’ils ne s’ouvrent à la quatrième personne du singulier, moteur invisible, délivreur du drame pronominal : comme dans Le Livre de Daniel, les trois Hébreux dans la fournaise : un quatrième est avec eux.