Intermède : lent passage de Madame Bouche, en marchande de souvenirs et accessoires de plage. Elle passe derrière les employés. Ils s’endorment.

MADAME BOUCHE.

Vous aurez mes éponges pour quelques centimes, quelques centimes ! Voyez mes beaux filets : des animaux de mer, pris dans la lumière…
Ils dorment comme des vaches, ils sont dessous ! Vive la nature, bonne laboureuse et aplatisseuse de travaux, vive la bonne blanchisseuse de cerveaux ! Merci sable ! Sous toi, soleil vorace, tout est éteint. Corps plié, tu ne dis rien ? « Le soleil blanc m’a mangé mes esprits. » L’animal fatigué, au soleil écarté, il se plie ! Lourd soleil, vous leur avez dévoré les voix. Voyez ma troupe d’oiseaux ! Enfants de peau, dormez sur le dos de la terre ! Dormeurs pas bien gais pour des chanteurs marins !
Allez, plonge, pour, fou, la tête avec le poing, dans la noyeuse, la nettoyeuse ! Allez les bleus ! Culbute. Piquez dans le sourcier ! Au goût d’eau nulle, ouvrez vos dents de roses sur-le-champ !
Aucun nageur pèse lourd dans mes balances, surtout si je le lace. Enfants d’entre deux eaux, perdez ici le pas, et jusqu’à l’ombre de vos pensées de mouchoir dans les beaux fonds. Ou dans les feuilles… Quelle tombe ! Touche. Il a bu même la tasse. Silence : messieurs sont en plongée ! Chute d’eau à la quille. Dis ça flotte ? Oh le bain ! Quel bain ils prennent, ces poissons !… Dites, Madame, c’est au sujet du coffre-chou, est-ce qu’ils sont encore dans l’eau ?
Non, non, sous la marche : ils touchent aux pierres en bavardant. Pas d’œil cligne ici : rien sous la manche, sauf l’oiseau, le nœud de vos têtes lacées, loin de ma hanche. Dites Madame, ils ne vont pas s’envoler par les fonds ?
Oiseaux marins, oiseaux piqués, oiseaux noirs, ouvrez-vous cette rose à la place de vos chapeaux ! Trous, étendez vos lourds mouchoirs de tête et montrez-moi, usés, vos cœurs sortis ! Vive la nautique !
Dormez, beaux yeux, trésors de peau, dans mes fourrures de l’eau, dans mes bras de gardienne ! Vois, mon ange, la société est plate comme la mer. Lui-même dans l’eau, le soleil s’est mangé :
Il joue hors de terre, montre son corps à celle qui l’a dévoré.
Voici six membres de population, dont trois femmes ornées de trois cons ! Je leur lave la cervelle à la mer, je les mets à nager dans l’eau de mon chapeau.
Toutes leurs roses tombent. Sur la plage, je ramasse beaucoup de fleurs.
(Les employés remuent un peu, commencent à se réveiller.) Éponges, éponges, filets, oursins… étoiles de mer ! Pour quelques centimes, achetez-moi ces souvenirs ! (Elle en jette quelques-uns et s’en va.)