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Libération le 26 septembre 1986
Article écrit par Marion Scali
 
Le nouveau Novarina aux Bouffes du Nord
Pour la troisième fois, le comédien boxe un monologue signé Valère Novarina. Après « Adramélech », voici « le Discours aux animaux ». Encore plus percutant
 
 

Le Discours aux animaux est le troisième monologue de Valère Novarina qu'André Marcon met sur scène. Après l'inoubliable Monologue d'Adramelech et l'indispensable Pour Louis de Funès, c'est probablement le texte le plus «engagé » de l'auteur, celui dans lequel il met le plus de lui-même sans, cette fois, se réfugier derrière un personnage imaginaire. Le Je de ce discours-la est d'autant plus sacré aux yeux de l'acteur qui n'a plus d'intermédiaire entre l'écrivain et lui.

Novarina-Marcon s'adressent aux animaux, aux « homminaux » et la sensation du spectateur, au-delà de la prestation de l'acteur, est pour le moins ambiguë: on sait que c'est de nous qu'il s'agit, en termes plutôt rudes et inconfortables, abruptes et terrifiants et, malgré tout, lorsqu'après une digression (« Dans toute ma vie, j'avoue avoir mangé un seul corps d'homme, le mien »), Marcon invoque à nouveaux ces animaux, on est soulagé de voir qu'il revient, qu'il quitte ce lieu étrange où nous n'avions pas de place, une sorte d'éternité et de savoir extra-humain qui sont le propre de l'acteur et du je novarinien, pour revenir s'occuper de nous. La prouesse de Marcon est telle que certains spectateurs, pour se rassurer, doivent affirmer qu'il invente chaque soir des mots, qu'il improvise des boutades. D'autres refusent ces gestes, qui ne semblent ni appris ni inventés mais, comme dictés par l'écriture. « Tout le monde le voit mais personne n'ose le dire que quand il joue, l'acteur a la peau absolument transparente et qu'on voit tout ce qu'il y a dedans. » Lorsqu'André Marcon agrippe de sa main la table derrière il est assis (Louis de Funès), quand il surgit sur le plateau nu dans son lourd et grand manteau (Adramélech) ou quand aujourd'hui il baisse la tète comme un taureau blessé sur la scène ronde des Bouffes du Nord, on ne peut qu'oser le dire: André Marcon a la peau absolument transparente.

Il y a là, sur le plateau, un être aux gestes aussi simples que sacralisés sitôt faits. De quel autre ordre pourrait être ce battement d'artère sur le cou, qui semble battre la mesure des mots plus sûrement que le jeu de jambes? Cette sueur au front, plus justement progressive que n'importe quel trucage de cinéma?

Une fois le KO par émotion digéré, il n'y avait plus qu'à demander à l'artiste le fond de son histoire. « Pas une erreur sur le texte, à la syllabe près; c'est ma fierté. L'écriture est tellement rythmée que si je me plante sur une phrase, tout s'écroule. il m'a fallu trois bons mois pour conquérir une sorte de virtuosité bien au-delà du par-coeur» Quant aux gestes: « Je suis dans un état d'improvisation absolue. Rien n'est fixé, ça se met à danser malgré moi. Ce sont les mots qui provoquent la bougeotte. C'est aussi confortable que de sauter 5,25 m à la perche.

André Marcon est probablement un des seuls acteurs à pouvoir, sans se nuire, se mettre seul en scène. Même s'il rend hommage à Alan Françon qui l'a aidé à s'installer sur scène, à régler les lumières, on sent bien qu'il s'agit d'une relation exclusive entre Novarina et lui: « Pour jouer un texte de Novarina, je dois l'apprendre pour le comprendre et le comprendre pour l'apprendre. » Un point c'est tout.

Et il ne s'agit aucunement de modestie lorsque Marcon proteste qu'il est sur scène « moins exposé que ne l'est Valère Novarina, qui est l'auteur et l'acteur de son propre texte ». Disons que cet auteur-Novarina a for ever un corps et une voix qui sont précisément ceux de l'acteur-André Marcon, 38 ans, un visage de boxeur et des mains de pianiste, dix-huit ans sur les planches et beau comme un Dieu.

Marion SCALI

 

 

 


 

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· Dieu s'est payé notre tête!, Gilles Costaz, Le Matin 12 novembre 1987
· Marcon, le contact et le compact, Marion Scali, Libération - 5/6 mars 1988.
· Robinson Marcon dans l'océan Novarina, Mathilde La Bardonnie, Libération - 16 juillet 1991.
· Criez, silence, Michel Cournot, Le Monde - 16 juillet 1991
· Le Discours aux animaux, André Gunthert et Jean-Loup Rivière, Encyclopaedia Universalis