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Le
Monde le 17 novembre 1987
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.«Le
discours aux animaux»
Le jeu du risque-tout |
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Article
écrit par Odile Quirot
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n 'y a pas de crise d'auteurs : le langage de Valère Novarina
ou celui de Michel Deutsch donnent aux acteurs autant de plaisir que celui
de Claudel. Il n 'y a pas de crise d'acteurs quand ils se nourrissent
de riches textes: André Marcon, Daniel Briquet, François Chattot. Et Serge Maggiani, qui donne son étrangeté aux paroles de saint François d'Assise. Malgré le petit frère, et saint Antoine, et bientôt saint Marc (par Jean-Luc Rideau), il n 'y a pas de miracle. La pluie n 'a pas épargné le Festival. Le spectacle Pinter, auquel le président Mitterrand était venu assister, a été annulé |
| Une voix pour un poème, «immensité de mots à dire " partition impossible. Une lecture lyrique d'André Marcon. |
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« Nettoyée " disait une dame à la sortie. Pour cela, rien de tel qu'un poème. Ou une heure de songe sur la terre encore chaude et lourde d'une nuit d'été. Peut-être était-ce dans un vaste cimetière campagnard, peuplé de pins, de chants d'oiseaux, de ceux qu'arpente André Marcon, disant à Villeneuve-lez-Avignon le Discours aux animaux. Il entre précautionneusement dans l'arène. Ne regardant ni le public ni le bout de ses souliers blanc et marron. Chemise blanche et grand manteau, un peu lourd: il a mis l'équipage d'un voyage d'importance, mais l'homme est sans bagage. Le sillon des mots Il entame les mots, un peu ramassé, serré à l'intérieur. Puis, peu à peu, le rythme s'enfle et se déploie. Marcon creuse le sillon des mots. Il chante aussi sous le pin vertical du cloître de la collégiale, où une guirlande multicolore de jour de fête a allumé ses lucioles, la ritournelle cabotine d'un clown de dieu. La voix est sourde, mais, à l'intérieur, il y a des lumières. Il crie « Animaux ». et pour finir égrène des noms d'oiseaux. A l'automne dernier, entre les murs nus des Bouffes du Nord, Marcon lançait déjà, à la face des hommes, de Dieu, qui ne lui répond pas, ce Discours aux animaux. Et l'été passé, cette fois à Avignon, il empoignait à bras-le-corps Pour Louis de Funès, un texte écrit par Novarina « pour épuiser l'acteur » « En ce qui me concerne, il y a réussi », dit-il. Mais lui, qui avoue n'avoir de dévotion ni pour le record ni pour la performance, ne peut plus se passer des partitions impossibles de Novarina. Dans un jardin où coule une fontaine, il parle maintenant du travail «de forçat, de forcené que cette langue requiert, à qui veut la déchiffrer. Il avouera plus tard que, tous les soirs, il a peur, d'une «angoisse, à Avignon, multipliée par dix ». Pourquoi? il ne sait pas : le plein air, le mistral... Il se sent seul, face à cette « immensité de mots à dire ». à cet homme qui «recommence sa naissance à chaque minute. Et pose les trois bonnes questions. « Pourquoi le corps est-il » porté?» « Pourquoi l'espace » est-il en quatre?» «Pourquoi » le mort dit-il qu'il sort? ». Après la représentation? C'est la « liesse », « une délivrance ». Jusqu'au lendemain, où tout est à recommencer. Il tient
bien droit, Marcon, en équilibre au-dessus des mots de Novarina. Son
tour de piste dure un éclair. Soixante-dix minutes. ODILE QUIROT. * Le 16 juillet, 22 heures, cloître de la collégiale, chartreuse de Villeneuvelez-Avignon. Les 21, 22 et 23 juillet à Marseille, Théâtre d'essai, chapelle des Bernardins. |
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Marion Scali, Libération - 26 septembre 1986. |