POUR LOUIS DE FUNÈS
Lecture par Valère Novarina


« Louis de Funès entrait tout le temps en reculant et en repoussant le jour derrière lui. Comme font les grands acteurs intelligents. Il entrait toujours les yeux fermés et le pas décidé, comme un aveugle qui sait l’espace par cœur. Louis de Funès trouvait chaque soir son chemin dans le noir avec l’exactitude des grands égarés. »
Valère Novarina

« Louis de Funès n’entrait en scène que pour se diviser aussitôt en quatre, multiplier sa tête par huit, rompre les mille ruptures et parler treize langues à la fois. On reconnaît le vrai corps d’acteur à ce qu’il est toujours profondément écartelé, intérieurement quadrillé, parfaitement dissocié, asymétrique en profondeur. Car l’acteur vrai sait que l’homme est la moins symétrique des bêtes du monde : il n’y a que chez la grenouille ou la coquille ou l’acteur inconscient que les deux faces se répondent parfaitement. »
Valère Novarina, Pour Louis de Funès (éditions P.O.L, 2007)

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