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avril - mai 2021
  • "LE JEU DES OMBRES"

    Livre paru aux ditions P.O.L

  • "LES TOURBILLONS DE L’CRITURE"
    Ouvrage issu du colloque de Cerisy (2018) consacr Valre Novarina

    Sous la direction de Marion Chnetier-Alev, Sandrine Le Pors et Fabrice Thumerel
    Livre paru aux ditions Hermann

  • " LE JEU DES OMBRES "
    de Valre Novarina
    mise en scne
    par Jean Bellorini

    En tourne pour la saison 2021 :

    6 > 8 janvier 2021 - Le Quai - CDN Angers Pays de Loire
    14 > 29 janvier 2021 - Thtre National Populaire - Villeurbanne

    5 > 6 fvrier 2021 - Grand Thtre de Provence Aix-en-Provence
    10 > 13 fvrier 2021 - La Crie - Thtre national de Marseille
    17 > 19 fvrier 2021 - Antha - Thtre dAntibes
    4 > 26 fvrier 2021 - La Comdie de Clermont

    5 > 6 mars 2021 - Thtre Quintaou Scne nationale du Sud-Aquitain Anglet
    23 > 26 mars 2021 - Thtre de la Cit CDN Toulouse Occitanie

    6 avril 2021 - Opra de Massy Paris Sud
    14 > 16 avril 2021 - Thtre du Nord
    21 > 22 avril 2021 - Comdie de Caen - CDN de Normandie

    18 > 21 mai 2021 - MC2 - Grenoble
    27 > 28 mai 2021 - Scne Nationale Chteauvallon-Libert

  • 2021

J’ai toujours pratiqué la littérature non comme un exercice intelligent mais comme une cure d’idiotie. Je m’y livre laborieusement, méthodiquement, quotidiennement, comme à une science d’ignorance : descendre, faire le vide, chercher à en savoir, tous les jours, un peu moins que les machines. Beaucoup de gens très intelligents aujourd’hui, très informés, qui éclairent le lecteur, lui disent où il faut aller, où va le progrès, ce qu’il faut penser, où poser les pieds ; je me vois plutôt comme celui qui lui bande les yeux, comme un qui a été doué d’ignorance et qui voudrait l’offrir à ceux qui en savent trop. Un porteur d’ombre, un montreur d’ombre pour ceux qui trouvent la scène trop éclairée : quelqu’un qui a été doué d’un manque, quelqu’un qui a reçu quelque chose en moins.

Je continue, je quitte ma langue, je passe aux actes, je chante tout, j’émets sans cesse des figures humaines, je dessine le temps, je chante en silence, je danse sans bouger, je ne sais pas où je vais, mais j’y vais très méthodiquement, très calmement : pas du tout en théoricien éclairé mais en écrivain pratiquant, en m’appuyant sur une méthode, un acquis moral, un endurcissement, en partant des exercices et non de la technique ou des procédés, en menant les exercices jusqu’à l’épuisement : crises organisées, dépenses calculées, peinture dans le temps, écriture sans fin ; tout ça, toutes ces épreuves, pour m’épuiser, pour me tuer, pour mettre au travail autre chose que moi, pour aller au-delà de mes propres forces, au-delà de mon souffle, jusqu’à ce que la chose parte toute seule, sans intention, continue toute seule, jusqu’à ce que ce ne soit plus moi qui dessine, écrive, parle, peigne. Etablir toute une chronologie d’horaires minutieux, pour être hors du temps. Placer devant soi mille repères pour se perdre.

C’est ce que j’ai toujours recherché en écrivant : le moment où ce n’est plus un écrivain qui écrit, mais quelqu’un qui est sorti de soi, moment qui ne se trouve qu’au bout du long chemin d’exercices, tout à la fin du travail, moment de conscience totale, de libération, moment ou j’ai perdu toute intention d’écrire, de peindre, de dessiner, moment où la parole a lieu toute seule, comme devant moi, hors de moi. Je n’ai jamais supporté l’idée que quelqu’un fasse quelque chose. Mes livres, j’ai mis chaque fois cinq ans à les faire, des milliers d’heures, de corrections maniaques ; mais ils se sont faits tout seuls. Je n’ai jamais écrit aucun de mes livres.

On ne protestera jamais assez contre ce nom qui nous est donné : ce qu’on appelle un homme mais qu’on devrait appeler autrement. On ne naît pas qu’une fois, je ne suis pas né qu’une fois : il nous faut toujours renaître à nouveau, être sans nom et protester contre toutes les manières dont nous sommes représentés, protester contre la figure humaine, contre toute science de l’homme, contre tout ce qui prétend être une science de l’homme, détruire toutes les idoles, briser sans cesse les images qu’on veut faire de nous, protester contre toutes les images de l’homme, contre toutes les cartes, les schémas de notre dehors et dedans, refuser toujours de porter notre nom. Parce que nous sommes au-delà de nos noms, au-delà de os images, non pas parlant mais renversant nos langues, traversant nos mots, en travers, en traversée, dans une forêt de langue, dans une foule de paroles, dans une ville d’inscriptions, ceux qui passent, ceux qui traversent.


L’atelier de Valère Novarina © Benoit Galibert